Avalanche est mince. Beaucoup trop mince. Elle est maigre et elle le sait. Pourtant sa maladie n'est pas à l'origine de son mal-être. Avalanche n'est pas malade. Elle se hait. Elle se hait pour tous ces soirs ou elle se donne à de parfaits inconnus, devant de parfaits inconnus, pour de parfaits inconnus. Elle n'y prend aucun plaisir. Le plaisir, c'est ce qu'elle recherche depuis tant d'années déjà. C'est ce qu'elle n'a jamais connu et ce qu'elle ne connaitra probablement jamais. Avalanche croit en Dieu, ce qui ne l'empêche pas de pratiquer l'amour charnel comme on lirait un livre. Quand bon lui semble, où bon lui semble. Espérant toujours trouver au bout de l'acte une certaine satisfaction qui n'arrive jamais. Pour se débarrasser de ses péchés, elle se prive de nourriture. Elle s'affame jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à en souffrir. Et la douleur est tellement forte lorsqu'elle voit ses os ondulant sous sa peau blanchâtre. Avalanche souffre, elle saigne. Personne ne peut saigner comme elle.
Chrissie se déguise et joue l'effarouchée dans les soirées. Elle se maquille comme la dernière poupée à la mode et aime sentir les regards se tourner vers elle. Elle joue de sa féminité pour attirer l'attention, mais elle a mal. Parce qu'au fond d'elle-même, elle se demande si elle pourra un jour être une vraie femme, attirer des regards avides, et non des regards de dégoût, des regards d'envie et non de répugnance. Parce que Chrissie est un garçon, et il a mal. Plutôt que d'être né avec le mauvais sexe, il aurait préféré ne pas naitre du tout. Chrissie souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
Doodle amène la lame de rasoir contre sa peau. Elle aime ce contact métallique et froid qui se transforme rapidement en une chaleur liquide lorsque le sang se déverse. Son sang s'échappe, comme la vie à échappé à son frère et à sa mère lors de l'accident de voiture dont ils ont été victimes. En silence, presque avec douceur. Mais dans la douleur. Cette douleur qu'elle cache si facilement derrière un sourire, une attitude provocante et des vêtements chers et précieux. Et elle en veut au monde de ne pas voir son malaise pourtant si évident. Ne dit-on pas qu'il faut combattre le mal par le mal ? C'est ce que Doodle a compris et accompli. Elle évacue la douleur d'avoir perdu leurs vies par sa propre douleur. Doodle souffre, elle saigne. Personne ne peut saigner comme elle.
Speedie a trouvé une nouvelle drogue. La thérapie. Plusieurs fois par semaine, il raconte son histoire. La pauvreté, l'insalubrité, la haine, la peur, et tout ce qui l'a amené à s'évader, à se détruire en avalant ces pilules du bonheur. Il sait que le fait de danser avec les démons de son passé n'est pas des plus amusant, mais c'est probablement mieux que de charger son arme et d'appuyer sur la gâchette. Et pourtant Dieu sait qu'il a hésité. Ca aurait été si facile, un simple mouvement de l'index et tout était terminé. Chaque soir, il y pense, chaque soir il se lève et prend son revolver. Chaque soir son doigt vacille sur la gâchette et il s'écroule, l'arme à la main. Speedie souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
JT chante. C'est ce qu'il aime faire, c'est sa vie. Tous les soirs, il se laisse transporter par les notes au bar karaoké du coin. Tout pourrait être parfait ... Si seulement JT savait chanter. Alors il boit. Après un verre, il n'est qu'un bon à rien, ou juste un bon à crever, il chante sans vraiment chanter. Après deux verres, il n'est plus qu'un looseur éprouvant des rêves de gloire insatiables, s'imaginant strass et paillettes. Et après trois verres, c'est la consécration. Le bar miteux se transforme une une gigantesque salle de concert éclairée de mille feux. Les quelques clients attablés deviennent des groupies en folies, hurlant son prénom. Mais quelques heures plus tard, la magie retombe et il n'est plus rien. JT souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
Chacun s'apitoie sur son sort, hurlant leur souffrance à qui veut l'entendre, se targuant d'être à eux seuls le problème du monde. Avalanche, Chrissie, Doodle, Speedie, JT, tous croient que leur propre mal n'est rien par rapport à celui des autres. Pourquoi Avalanche serait-elle plus à plaindre que Chrissie ? En quoi Doodle mériterait-elle plus de compassion que Speedie ? Comment et de quel droit se proclament-ils les âmes les plus torturées de la planète ? Ils devraient voir leurs cicatrices. Les cicatrices de ces autres personnes qui souffrent, elles aussi en silence. Ils devraient essayer de comprendre leur douleur, bien différente certes, mais tout aussi puissante. Ils devraient tenter de comprendre ces autres maux qu'ils ne comprendraient peut-être jamais.
Ne comparez pas votre peine à celle des autres.
Chrissie se déguise et joue l'effarouchée dans les soirées. Elle se maquille comme la dernière poupée à la mode et aime sentir les regards se tourner vers elle. Elle joue de sa féminité pour attirer l'attention, mais elle a mal. Parce qu'au fond d'elle-même, elle se demande si elle pourra un jour être une vraie femme, attirer des regards avides, et non des regards de dégoût, des regards d'envie et non de répugnance. Parce que Chrissie est un garçon, et il a mal. Plutôt que d'être né avec le mauvais sexe, il aurait préféré ne pas naitre du tout. Chrissie souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
Doodle amène la lame de rasoir contre sa peau. Elle aime ce contact métallique et froid qui se transforme rapidement en une chaleur liquide lorsque le sang se déverse. Son sang s'échappe, comme la vie à échappé à son frère et à sa mère lors de l'accident de voiture dont ils ont été victimes. En silence, presque avec douceur. Mais dans la douleur. Cette douleur qu'elle cache si facilement derrière un sourire, une attitude provocante et des vêtements chers et précieux. Et elle en veut au monde de ne pas voir son malaise pourtant si évident. Ne dit-on pas qu'il faut combattre le mal par le mal ? C'est ce que Doodle a compris et accompli. Elle évacue la douleur d'avoir perdu leurs vies par sa propre douleur. Doodle souffre, elle saigne. Personne ne peut saigner comme elle.
Speedie a trouvé une nouvelle drogue. La thérapie. Plusieurs fois par semaine, il raconte son histoire. La pauvreté, l'insalubrité, la haine, la peur, et tout ce qui l'a amené à s'évader, à se détruire en avalant ces pilules du bonheur. Il sait que le fait de danser avec les démons de son passé n'est pas des plus amusant, mais c'est probablement mieux que de charger son arme et d'appuyer sur la gâchette. Et pourtant Dieu sait qu'il a hésité. Ca aurait été si facile, un simple mouvement de l'index et tout était terminé. Chaque soir, il y pense, chaque soir il se lève et prend son revolver. Chaque soir son doigt vacille sur la gâchette et il s'écroule, l'arme à la main. Speedie souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
JT chante. C'est ce qu'il aime faire, c'est sa vie. Tous les soirs, il se laisse transporter par les notes au bar karaoké du coin. Tout pourrait être parfait ... Si seulement JT savait chanter. Alors il boit. Après un verre, il n'est qu'un bon à rien, ou juste un bon à crever, il chante sans vraiment chanter. Après deux verres, il n'est plus qu'un looseur éprouvant des rêves de gloire insatiables, s'imaginant strass et paillettes. Et après trois verres, c'est la consécration. Le bar miteux se transforme une une gigantesque salle de concert éclairée de mille feux. Les quelques clients attablés deviennent des groupies en folies, hurlant son prénom. Mais quelques heures plus tard, la magie retombe et il n'est plus rien. JT souffre, il saigne. Personne ne peut saigner comme lui.
Chacun s'apitoie sur son sort, hurlant leur souffrance à qui veut l'entendre, se targuant d'être à eux seuls le problème du monde. Avalanche, Chrissie, Doodle, Speedie, JT, tous croient que leur propre mal n'est rien par rapport à celui des autres. Pourquoi Avalanche serait-elle plus à plaindre que Chrissie ? En quoi Doodle mériterait-elle plus de compassion que Speedie ? Comment et de quel droit se proclament-ils les âmes les plus torturées de la planète ? Ils devraient voir leurs cicatrices. Les cicatrices de ces autres personnes qui souffrent, elles aussi en silence. Ils devraient essayer de comprendre leur douleur, bien différente certes, mais tout aussi puissante. Ils devraient tenter de comprendre ces autres maux qu'ils ne comprendraient peut-être jamais.
Ne comparez pas votre peine à celle des autres.
Inspiré de la chanson Bleed Like Me de Garbage.